Vivastella, de Yves Pourcher

Mise en page 1Il y a le jeune homme amoureux des fleurs et surtout des dahlias, le porte-drapeau qui pavoise tout Paris aux couleurs des aléas politiques, cette danseuse échouée comme une sirène sur les bords du Tage, ce peintre-acrobate au service d’un artiste démiurge, ou encore ces deux aviateurs qu’un mystère sépare et réuni sur trois plaques photographiques éparpillées à travers le monde.

À toute vitesse, les récits s’enchaînent, forment une ronde, des boucles à travers le temps, d’une guerre à l’autre, de l’illusion à la désillusion. Les huit tableaux de Vivastella mettent en scène la rencontre, la séduction et la séparation d’individus jetés comme des dés dans le tumulte de la grande Histoire, reliés par un motif à double tête : la peur et le désir.

À travers leurs courses folles, d’hôtels de luxe en casinos, de gargotes en maisons de rendez-vous, les pantins anonymes de cette comédie humaine croisent la route de Cocteau, Arletty, Mae West, Douglas Fairbanks, Doriot ou même Staline. Et même un certain Georges Dewalter, tout droit sorti du roman L’Homme à l’Hispano, de Pierre Frondaie. Chaque portrait est celui d’une cassure, d’une incompréhension, matérialisée par un objet, un fétiche, une obsession.

Il y a, chez Yves Pourcher, une jouissance du rythme, de la danse infinie.  La vie va, éperdument, à bord de l’Orient Express, du Yankee Clipper comme d’une Vivastella, mais c’est un amour teinté du désespoir des éternels déçus, des oublieux et des oubliés. En filigranes, une solitude profonde s’insinue et finit par transpirer de tous les pores de ces pages intenses où les êtres sont séparés par les lignes brouillées du temps. Chaque récit de cette fresque quasi-cinématographique devient un vertige qui ne peut cacher la médiocrité des uns, la tristesse des autres et la finitude de tous.

Yves Pourcher

Yves Pourcher enseigne à Sciences Po Toulouse. Ses recherches portent sur la guerre, sur l’Occupation et les questions du pouvoir et de la mondanité. Historien et ethnologue, il mêle écriture scientifique et fiction. On lui doit des romans Moi, Josée Laval (Le cherche midi) adapté en docu-fiction, Trois coupes de champagne (Grasset), Avenue de Carthage (Rouergue) et des essais, dont Les Jours de guerre. La vie des Français au jour le jour entre 1914 et 1918, (repris chez Pluriel).

 

Les vertiges de la guerre à travers un carrousel d’histoires, à la vitesse d’une Hispano ou d’une Vivastella.

Symmetrical swimmers (c.1920)

Vivastella
L’ÉVEILLEUR
248 pages | 17,00 €

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