En voyage avec le Marin en Smoking (4)… Et la traversée durera…

on-board-of-the-m-s-st-louis-strange-atmosphere-late-1920s-or-early-30sL’Angleterre, décidément, ça ne le fait pas vraiment pour le jeune et fougueux Richard Castanier. Trop guindée pour un garçon sans complexes. Désœuvré, il rentre chez les siens en Gironde, mais est aussitôt appelé à rallier Le Havre où l’Interoceanic lui réserve une place de boy-à-tout-faire à bord du Touraine. Hop, embarquement, d’abord sur la Manche, puis l’Atlantique, direction New York, Big Apple. Le Nouveau Monde, déjà?… Minute Coco, faut d’abord s’acclimater au tangage, après on verra.

« C’est au branle-bas qu’on connaît le marin. Sitôt debout, il flageola. Au lavabo, ce fut bien pire. Par bonheur, la mousse du blaireau dérobait sa pâleur. Des sueurs lui montaient. Il bâillait comme un fêtard après une nuit blanche. Il se rasa quand même, jambes écartées, pour contenir ce dos énorme qui roulait. Et il avala ses quatre ponts. Là-haut, on lui remit un faubert et un seau. Le faubert, c’est une crinière de filasse au bout d’un manche. Mais il avait beau savonner avec ardeur, baisser et relever la tête, courir au hublot pour une goulée de mer fraîche, penser à son père, se crisper. Richard n’était pas à son aise. Oh, il fut très héroïque! Il défaillait, mais il jurait entre ses dents! Son dos était mouillé d’angoisse. Le seau était tout proche. Personne ne le vit.

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Démons et Déments, de Louis Roubaud

roubaud-couv-siteDémons et Déments, publié en 1933, tient à la fois du reportage et du récit : sous la plume d’un Roubaud prêt à tout entendre mais empathique avec les malheureux qu’il rencontre, c’est une galerie de malades mentaux qu’il représente, ayant soin de tenter de leur faire raconter leurs histoires, de recomposer les fragments d’existences ravagées par la maladie.

Un ancien camarade, interné parce que son ventre lui parle avec des «borborygmes» mais conscient de son état, lui sert souvent de guide.
Ce peut être aussi un médecin qui utilise tous les produits stupéfiants possibles pour tenter d’arracher leurs secrets aux plus délirants. Roubaud est un reporter, il ne théorise pas, il raconte, il peint, il saisit sur le vif, soucieux aussi de bouleverser les préjugés de ses contemporains.

 

Louis Roubaud

La redécouverte de l’un des grands reporters d’avant-guerre, du calibre de Londres et Kessel, ses camardes de plume.

Né en 1887 à Marseille, Louis Roubaud débute au Journal où Octave Mirbeau lui fit publier son premier conte. Auteur de plusieurs romans (certains policiers), c’est au reportage qu’il voue l’essentiel de sa carrière, devenant, à l’instar d’Albert Londres, Andrée Viollis ou Joseph Kessel, un de ces « grands professionnels de l’aventure », admirés par Pierre Mac Orlan ou Louis Aragon. C’est au Petit Parisien qu’il livre ses principaux reportages, certains figurant parmi les meilleures réussites du genre, tel Les Enfants de Caïn (état des lieux des maisons de correction pour mineurs). Son enquête sur l’Indochine, en 1930, dans laquelle il dénonce la sauvage répression dont furent victimes les nationalistes locaux, a eu un effet déterminant sur la philosophe Simone Weil.

Journaliste d’investigation, Louis Roubaud arpenta aussi bien les bas-fonds de Paris (36, quai des Orfèvres) que le monde de la haute couture (Au pays des mannequins).
Humaniste engagé, il prit parti très tôt contre l’antisémitisme, la montée des fascismes et du nazisme. Son ouvrage La Croix gammée, récit de voyage en Allemagne, suivi d’une interprétation critique de Mein Kampf, est interdit dès 1940. L’année suivante, Louis Roubaud décède à Lyon, de retour d’une mission en Espagne, à l’âge de 57 ans. Les circonstances de sa disparition demeurent à ce jour inexpliquées.

Démons et Déments
L’ÉVEILLEUR ÉTRANGE
Collection dirigée par David Vincent
18,00 €

 

Le Marin en smoking et dans votre paquetage de rentrée !

2017-01-11-valeurs-actuelles-12_18-jan-17-10000000050210016« On est saisi par la rugosité de ces épuisantes traversées où les hommes tentent d’amasser assez d’argent pour gagner leur place à l’air libre.

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La Mort est une araignée patiente, de Henry S. Whitehead

whiteheadLa redécouverte de l’un des maîtres du fantastique américain d’avant-guerre issu des célèbres Weird Tales.

Voici 7 nouvelles introuvables d’un auteur absolument méconnu. Elles témoignent du talent extraordinaire de l’un des conteurs les plus originaux de la grande période du fantastique américain d’avant-guerre.

La grande particularité de l’écrivain est à la fois la localisation de ses nouvelles, au cœur des Antilles danoises et l’exploitation de leur fascinant monde vaudou. Rites maléfiques et magie noire, spectres et sortilèges, fantômes et zombies hantent ses pages nourries des superstitions angoissantes de ces contrées où l’exotisme se fait terreur. Le charme singulier de Whitehead réside dans le ton détaché, parfois drôle, et quasi réaliste de ses récits distanciés. S’ajoute à cela une poésie étrange qui vient alléger l’angoisse que diffusent brillamment toutes les nouvelles.

Avec Whitehead, la tradition vaudoue antillaise fait une incursion remarquée dans la littérature américaine.

Henry S.Whitehead

Henry S.Whitehead (1882-1932) fut l’ami de Lovecraft et l’un des grands noms de la fameuse revue Weird Tales, pilier du fantastique américain. Journaliste, il devint pasteur de l’Église épiscopalienne et fut envoyÉ dans les Petites Antilles danoises, avant son retour en Floride.

Son œuvre de nouvelliste fut nourrie de sa frÉquentation assidue d’une population dont les superstitions et la pratique du vaudou fascinaient l’homme de foi.Il est dans la lignÉe de Bram Stoker, W.H. Hodgson et Algernon Blackwood.

Le talent incontestable et absolument original de Whitehead fut célébré par Lovercraft.

 

La Mort est une araignée patiente
L’ÉVEILLEUR ÉTRANGE
Collection dirigée par David Vincent
20,00 €

En voyage avec le Marin en Smoking (3) À nous l’Angleterre !

homme-multi-tachesNotre brave Richard ne désarme pas. Renvoyé manu militari dans ses pénates alors qu’ils envisageait de conquérir le cœur d’une jeune Anglaise, il retente sa chance quelques semaines plus tard et parvient à déjouer les contrôle de police. Destination Richmond, où il charme une old lady à coup de verres de Black & White, puis Londres où une nouvelle vie trépidante commence, homme à tout faire dans une pension du quartier d’Hyde Park.

« Le soir, perché dans la chambrette au-dessus d’Hyde Park, Richard écoutait avec délices les autos glissant dans l’avenue. Il était à Londres. Il étudiait avec passion Edgard Wallace! Il récitait par cœur des listes de mots à employer pour le matin suivant. Les trois servantes étaient ses premières victimes. Il parlait mal, mais il parlait. Parfois, on appelait d’en haut: “Richard, deux œufs, une saucisse!”

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En voyage avec le Marin en Smoking (2)

john-dodgson-2Richard Castanier a tenté sa chance à Paris. De petit boulot en petit boulot, vite faits, plus ou moins bien faits, il commence à ressentir l’appel du large. Les effluves de l’Angleterre l’engagent à embarquer au port de Dieppe. Mauvaise pioche. Brexit avant l’heure et retour à l’envoyeur…

« Le ciel s’était mis au noir pour l’éprouver. Dès la sortie de Dieppe, le Versailles piqua du nez. Ses reins se mirent à craquer, ses passagers à geindre. Richard était seul sur le pont, noyé d’embruns et cramponné.

– L’air te fera du bien ! lui avait recommandé un matelot.

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Odilon Redon botaniste, le manuscrit original de Francis Jammes

redon-odilon-etude-de-fleurs-et-de-papillons-aquarelle-et-mine-de-plomb-225-x-17-cm-vers-1910-1914-petit-palais-musee-des-bx-arts-de-la-v-de-paris-p-397C’est à l’historien de l’art Robert Coustet que l’on doit l’acquisition du manuscrit original que le peintre Odilon Redon commanda à Francis Jammes pour mettre en valeur sa nouvelle série de fleurs, laquelle allait offrir au peintre des Noirs une renommée jusqu’ici inégalée. Nous vous en présentons ici la totalité des pages.

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En voyage avec le Marin en Smoking (1)

paris-illumine-1937-1Un peu bon à rien, bon à tout, le jeune Richard Castanier a été peu ou prou mis à la porte de chez lui par ses parents. Ça tombe bien, il souhait voler de ses propres ailes. Le voilà qui monte à Paris. Une nouvelle vie s’ouvre à lui.

« Tous les matins, il se rendait à la Wolf Film, dans le haut de la rue Pigalle. Le cousin avait bien fait les choses et, n’eût été son aspect poussiéreux, Richard aurait fini par éprouver, pour lui, quelque reconnaissance. Secrétaire, il gagnait bien sa vie, 90 francs par semaine en 1924 ! Il déjeunait rue de Provence pour quatre francs. Invariablement, il dévorait une andouillette. Il écrivait à sa mère, les fastes de Paris, les lumières, le soir ; la tour Eiffel, le demi, qu’un jour de fête, lui avait offert le cousin à la terrasse d’un café.

Mais qu’était tout cela auprès de son travail ? Le secrétariat l’absorbait. On lui avait confié les “vedettes”! Ce furent les vedettes qui le perdirent. Encore elles! Les femmes enfin!… »

Pierre Luccin, Le Marin en Smoking, L’Éveilleur.

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Odilon Redon Botaniste, vu par Francis Jammes

couv-redon-okRedon est l’homme des “Noirs”,
ces fusains énigmatiques,
souvent inquiétants,
qui ont suscité l’admiration et la convoitise
de collectionneurs initiés et rares.

Mais il est aussi le coloriste flamboyant de sujets historiques, de portraits, de fleurs, de décors recherchés par des amateurs plus mondains mais tout aussi passionnés. Deux manières, deux périodes semblent ainsi résumer sa carrière.

Sans être fausse, cette vision duelle est sans doute un peu simpliste : les « Noirs » rayonnent de « sombres clartés » et les œuvres colorées conservent une part d’ambiguïté et de mystère…

Sous forme d’une enquête fouillée et passionnante, l’historien de l’art Robert Coustet révèle comment le passage du noir à la couleur s’est fait progressivement, les étapes de cette évolution n’apparaissant qu’a posteriori, au vu de l’ensemble de l’œuvre. En 1902, la page des “Noirs” est définitivement tournée et le peintre pourra déclarer à l’un de ses correspondants : “J’ai épousé la couleur. ” De fait, il s’avèrera époux fidèle… Lire la suite « Odilon Redon Botaniste, vu par Francis Jammes »

Préparez votre prochain voyage à Venise

Bientôt, L’Éveilleur vous emmène à Venise sur les traces d’Henri de Régnier. Un voyage étrange, captivant, mais non sans danger. Certains n’en sont jamais revenus, sachez-le.

Avant d’entamer ce fort intrigant transport du corps et de l’esprit, de pages en pages incertaines entre canal et lagune, nous vous livrons quelques conseils utiles.

Première étape préparatoire : munissez-vous sans tarder d’une carte sérieuse, certifiée et approuvée, de telle sorte ne pas vous perdre, puis disparaître. Rien de tel que l’excellent «Nuova pianta di Venezia | Neuer plan von Venedig», publié par H.F. & M. Münster (Firm), de 1870 [Dimensions: 42 x 53 cm, folded in cover: 15 x 12 cm].

Et un conseil, très important : surtout, par pitié, suivez le guide…

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