Vivastella, de Yves Pourcher

Actress Lilyan Tashman by Cecil Beaton From the Help Yourself Annual, 1931

Il y a le jeune homme amoureux des fleurs et surtout des dahlias, le porte-drapeau qui pavoise tout Paris aux couleurs des aléas politiques, cette danseuse échouée comme une sirène sur les bords du Tage, ce peintre-acrobate au service d’un artiste démiurge, ou encore ces deux aviateurs qu’un mystère sépare et réuni sur trois plaques photographiques éparpillées à travers le monde.

À toute vitesse, les récits s’enchaînent, forment une ronde, des boucles à travers le temps, d’une guerre à l’autre, de l’illusion à la désillusion. Les huit tableaux de Vivastella mettent en scène la rencontre, la séduction et la séparation d’individus jetés comme des dés dans le tumulte de la grande Histoire, reliés par un motif à double tête : la peur et le désir.

À travers leurs courses folles, d’hôtels de luxe en casinos, de gargotes en maisons de rendez-vous, les pantins anonymes de cette comédie humaine croisent la route de Cocteau, Arletty, Mae West, Douglas Fairbanks, Doriot ou même Staline. Et même un certain Georges Dewalter, tout droit sorti du roman L’Homme à l’Hispano, de Pierre Frondaie. Chaque portrait est celui d’une cassure, d’une incompréhension, matérialisée par un objet, un fétiche, une obsession.

Il y a, chez Yves Pourcher, une jouissance du rythme, de la danse infinie.  La vie va, éperdument, à bord de l’Orient Express, du Yankee Clipper comme d’une Vivastella, mais c’est un amour teinté du désespoir des éternels déçus, des oublieux et des oubliés. En filigranes, une solitude profonde s’insinue et finit par transpirer de tous les pores de ces pages intenses où les êtres sont séparés par les lignes brouillées du temps. Chaque récit de cette fresque quasi-cinématographique devient un vertige qui ne peut cacher la médiocrité des uns, la tristesse des autres et la finitude de tous.

Yves Pourcher

Yves Pourcher enseigne à Sciences Po Toulouse. Ses recherches portent sur la guerre, sur l’Occupation et les questions du pouvoir et de la mondanité. Historien et ethnologue, il mêle écriture scientifique et fiction. On lui doit des romans Moi, Josée Laval (Le cherche midi) adapté en docu-fiction, Trois coupes de champagne (Grasset), Avenue de Carthage (Rouergue) et des essais, dont Les Jours de guerre. La vie des Français au jour le jour entre 1914 et 1918, (repris chez Pluriel).

 

Les vertiges de la guerre à travers un carrousel d’histoires, à la vitesse d’une Hispano ou d’une Vivastella.

Symmetrical swimmers (c.1920)

Vivastella
L’ÉVEILLEUR
248 pages | 17,00 €

L’Homme à l’Hispano, de Pierre Frondaie

1937GoldFlakeCigarettes1937 Gold Flake Cigarettes adBest-seller des années 20, adapté au cinéma par Julien Duvivier et Jean Epstein, L’Homme à l’Hispano, roman glamour de Pierre Frondaie, s’inscrit dans l’épopée tonitruante de l’entre-deux-guerres, de l’argent facile qui se gagne à la Bourse et se dilapide au casino.

Le héros, Georges Dewalter, héritier ruiné qui joue le rentier afin de séduire une jeune lady désœuvrée, évolue dans l’atmosphère enivrante et illusoire des Années Folles.
Portrait sans concession d’une époque qui courait à sa perte et se fracassa sur la crise de 1929, L’Homme à l’Hispano, qui date de 1925, met en scène le bal des dupes, des usuriers et des courtisans qui se trame quotidiennement dans les alcôves et sur les parquets cirés. Remarquablement écrit et scénarisé, ce chef-d’œuvre Art déco, dont le cadre s’inscrit entre Irène Nemirovsky et l’affaire Stavisky, n’a pas pris une ride à l’heure de la pipolisation à outrance et des parachutes dorés…

Pierre Frondaie

C’est sous le pseudonyme de Pierre Frondaie (1884-1948), que René Fraudet a d’abord adapté à la scène Pierre Louÿs, Maurice Barrès ou Anatole France. Après la première guerre, il devient un dramaturge reconnu, puis écrit des romans dont L’Homme à l’Hispano (1925) qui sera un immense succès en librairie (traduit en 15 langues) et au cinéma. Oublié aujourd’hui, Frondaie fut une des figures marquantes de l’intelligentsia et du bottin mondain de l’entre-deux-guerres.

L'Homme à L'Hispano-film L'Éveilleur

Film-annonce de l’édition de 2017 : L’Homme à l’Hispano, L’Éveilleur, 2017.

Préface de Laure Bjawi-Levine
Édition richement illustré,  accompagnée d’un cahier d’illustrations sur les adaptations cinématographiques de Julien Duvivier et Jean Epstein.

L’Homme à l’Hispano
L’ÉVEILLEUR
272 pages | 19,00 €

Splendeurs passées

« Les reflets de Venise dans la lagune et les canaux démultiplient à l’infini ce vertige du dédoublement et le lecteur étourdi se pince discrètement la joue pour s’assurer que sa propre tête n’est pas devenue une boule à facettes. »
Eric Chevillard a fort bien goûté les « Splendeurs passés »de Henri de Régnier (Le Monde des Livres, de ce vendredi 14 avril). Trois contes à lire – et à perdre la raison – rassemblés dans « Histoires incertaines ».

Régnier-Chevillard (Le Monde, 14 avril 2017) web

Histoires incertaines
L’ÉVEILLEUR
208 pages | 18,00 €

Un chef-d’œuvre !

« Un chef-d’œuvre ! »
Diable !… Jean-Marie Planes nous a habitué a plus de retenue dans ses élans littéraires. Mais en l’occurrence, nous ne nous en plaindrons pas, puisque c’est aux « Histoires incertaines » d’Henri de Régnier que le chroniqueur littéraire de « Sud Ouest Dimanche » adresse ses éloges, dans un article aussi raffiné que lucide, et ce malgré les vapeurs ensorcelantes que réserve aux personnages de ces chavirantes « Histoires » la Ville Éternelle.

Histoires incertaines
L’ÉVEILLEUR
208 pages | 18,00 €

Retour sur images : James Whistler

L'Art et les artistesNous avons retenu des estampes de James Whistler pour accompagner la réédition des récits vénitiens, entre chien et loup, d’Henri de Régnier, Histoires incertaines (accompagnés d’une préface de Bernard Quiriny).

L’occasion de revenir sur cet immense artiste, trop classique pour les uns, trop moderne les autres, in fine inclassable, toujours puissant dans son geste, émouvant dans l’acuité de son regard, étonnant en chacune de ses esquisses.

Retour sur images avec un article de Jan-Topass, paru dans L’Art et les Artistes, octobre 1934.

« J’ai appris à connaître une Venise dans Venise que les autres semblent n’avoir jamais perçue. »
Henri de Régnier

Histoires incertaines, de Henri de Régnier

Marie et Henri Régnier à Venise en 1909
Marie et Henri de Régnier à Venise, en 1909.

Le mystère et l’envoûtement de Venise évoqué comme peu d’écrivains ont su les magnifier.

 

En cheminant avec Henri de Régnier dans les inextricables calli de Venise
ou en se laissant glisser à ses côtés sur la lagune mélancolique, en gondole, on prend la direction d’un au-delà des plus singuliers qui relève du sortilège d’un grand poète. Les descriptions de rues ou de palais de la Sérénissime sont autant de visages gravés dans une attitude majestueuse de témoins : ils ont vu, et le lecteur doit les voir à son tour, tant ils ont à révéler.

Avec ces trois contes fantastiques, que d’aucuns considèrent comme de pures merveilles de la littérature française du 20° siècle, cet auteur rare et un peu oublié a porté haut les couleurs de l’étrangeté. Son amour du passé, qui ne dénie pas au présent un certain charme, irrigue son univers littéraire : avec Venise, il a trouvé sa terre d’élection et nous y invite, élégant et raffiné.

Longtemps après la lecture de ces histoires traversées d’incertitude, leur philtre ensorcelant agit. Demeurent pour l’éternité les cadres de ces visions décrits avec un soin d’orfèvre : le ciel et l’eau, ces deux berceaux du songe
et de la Ville Éternelle.

« Lisez les Histoires incertaines, mais n’en parlez à personne. »

Bernard Quiriny, auteur de la préface

 

Henri de Régnier

D’abord proche des symbolistes, Henri de Régnier (1864-1936) fréquenta Mallarmé, Leconte de Lisle et surtout Heredia, dont il épousera la fille Marie, mére d’un fils, sans doute fruit des amours avec Pierre Louÿs… Il se fait d’abord connaître comme poète, avant de devenir célèbre avec ses romans (La Double maîtresse en 1900, ou La Pécheresse en 1920) et ses contes (le recueil Histoires incertaines date de 1919).

Passionné par le 18° siècle, il vouait un culte à Venise, dont il fit le sujet de plusieurs de ses récits.

 

L’ouvrage est accompagné d’estampes vénitiennes  de James Whistler.

« Chez le peintre Whistler, les nocturnes sont visités par les étoiles. Même les fenêtres sont des astres. »
Ingrid Astier, Petit éloge de la nuit, éd. Gallimard, 2014.

 

Histoires incertaines
L’ÉVEILLEUR
208 pages | 18,00 €

En voyage avec le Marin en Smoking (4)… Et la traversée durera…

on-board-of-the-m-s-st-louis-strange-atmosphere-late-1920s-or-early-30sL’Angleterre, décidément, ça ne le fait pas vraiment pour le jeune et fougueux Richard Castanier. Trop guindée pour un garçon sans complexes. Désœuvré, il rentre chez les siens en Gironde, mais est aussitôt appelé à rallier Le Havre où l’Interoceanic lui réserve une place de boy-à-tout-faire à bord du Touraine. Hop, embarquement, d’abord sur la Manche, puis l’Atlantique, direction New York, Big Apple. Le Nouveau Monde, déjà?… Minute Coco, faut d’abord s’acclimater au tangage, après on verra.

« C’est au branle-bas qu’on connaît le marin. Sitôt debout, il flageola. Au lavabo, ce fut bien pire. Par bonheur, la mousse du blaireau dérobait sa pâleur. Des sueurs lui montaient. Il bâillait comme un fêtard après une nuit blanche. Il se rasa quand même, jambes écartées, pour contenir ce dos énorme qui roulait. Et il avala ses quatre ponts. Là-haut, on lui remit un faubert et un seau. Le faubert, c’est une crinière de filasse au bout d’un manche. Mais il avait beau savonner avec ardeur, baisser et relever la tête, courir au hublot pour une goulée de mer fraîche, penser à son père, se crisper. Richard n’était pas à son aise. Oh, il fut très héroïque! Il défaillait, mais il jurait entre ses dents! Son dos était mouillé d’angoisse. Le seau était tout proche. Personne ne le vit.

Lire la suite « En voyage avec le Marin en Smoking (4)… Et la traversée durera… »

Démons et Déments, de Louis Roubaud

roubaud-couv-siteDémons et Déments, publié en 1933, tient à la fois du reportage et du récit : sous la plume d’un Roubaud prêt à tout entendre mais empathique avec les malheureux qu’il rencontre, c’est une galerie de malades mentaux qu’il représente, ayant soin de tenter de leur faire raconter leurs histoires, de recomposer les fragments d’existences ravagées par la maladie.

Un ancien camarade, interné parce que son ventre lui parle avec des «borborygmes» mais conscient de son état, lui sert souvent de guide.
Ce peut être aussi un médecin qui utilise tous les produits stupéfiants possibles pour tenter d’arracher leurs secrets aux plus délirants. Roubaud est un reporter, il ne théorise pas, il raconte, il peint, il saisit sur le vif, soucieux aussi de bouleverser les préjugés de ses contemporains.

 

Louis Roubaud

La redécouverte de l’un des grands reporters d’avant-guerre, du calibre de Londres et Kessel, ses camardes de plume.

Né en 1887 à Marseille, Louis Roubaud débute au Journal où Octave Mirbeau lui fit publier son premier conte. Auteur de plusieurs romans (certains policiers), c’est au reportage qu’il voue l’essentiel de sa carrière, devenant, à l’instar d’Albert Londres, Andrée Viollis ou Joseph Kessel, un de ces « grands professionnels de l’aventure », admirés par Pierre Mac Orlan ou Louis Aragon. C’est au Petit Parisien qu’il livre ses principaux reportages, certains figurant parmi les meilleures réussites du genre, tel Les Enfants de Caïn (état des lieux des maisons de correction pour mineurs). Son enquête sur l’Indochine, en 1930, dans laquelle il dénonce la sauvage répression dont furent victimes les nationalistes locaux, a eu un effet déterminant sur la philosophe Simone Weil.

Journaliste d’investigation, Louis Roubaud arpenta aussi bien les bas-fonds de Paris (36, quai des Orfèvres) que le monde de la haute couture (Au pays des mannequins).
Humaniste engagé, il prit parti très tôt contre l’antisémitisme, la montée des fascismes et du nazisme. Son ouvrage La Croix gammée, récit de voyage en Allemagne, suivi d’une interprétation critique de Mein Kampf, est interdit dès 1940. L’année suivante, Louis Roubaud décède à Lyon, de retour d’une mission en Espagne, à l’âge de 57 ans. Les circonstances de sa disparition demeurent à ce jour inexpliquées.

Démons et Déments
L’ÉVEILLEUR ÉTRANGE
Collection dirigée par David Vincent
18,00 €

 

Le Marin en smoking et dans votre paquetage de rentrée !

2017-01-11-valeurs-actuelles-12_18-jan-17-10000000050210016« On est saisi par la rugosité de ces épuisantes traversées où les hommes tentent d’amasser assez d’argent pour gagner leur place à l’air libre.

Lire la suite « Le Marin en smoking et dans votre paquetage de rentrée ! »

La Mort est une araignée patiente, de Henry S. Whitehead

whiteheadLa redécouverte de l’un des maîtres du fantastique américain d’avant-guerre issu des célèbres Weird Tales.

Voici 7 nouvelles introuvables d’un auteur absolument méconnu. Elles témoignent du talent extraordinaire de l’un des conteurs les plus originaux de la grande période du fantastique américain d’avant-guerre.

La grande particularité de l’écrivain est à la fois la localisation de ses nouvelles, au cœur des Antilles danoises et l’exploitation de leur fascinant monde vaudou. Rites maléfiques et magie noire, spectres et sortilèges, fantômes et zombies hantent ses pages nourries des superstitions angoissantes de ces contrées où l’exotisme se fait terreur. Le charme singulier de Whitehead réside dans le ton détaché, parfois drôle, et quasi réaliste de ses récits distanciés. S’ajoute à cela une poésie étrange qui vient alléger l’angoisse que diffusent brillamment toutes les nouvelles.

Avec Whitehead, la tradition vaudoue antillaise fait une incursion remarquée dans la littérature américaine.

Henry S.Whitehead

Henry S.Whitehead (1882-1932) fut l’ami de Lovecraft et l’un des grands noms de la fameuse revue Weird Tales, pilier du fantastique américain. Journaliste, il devint pasteur de l’Église épiscopalienne et fut envoyÉ dans les Petites Antilles danoises, avant son retour en Floride.

Son œuvre de nouvelliste fut nourrie de sa frÉquentation assidue d’une population dont les superstitions et la pratique du vaudou fascinaient l’homme de foi.Il est dans la lignÉe de Bram Stoker, W.H. Hodgson et Algernon Blackwood.

Le talent incontestable et absolument original de Whitehead fut célébré par Lovercraft.

 

La Mort est une araignée patiente
L’ÉVEILLEUR ÉTRANGE
Collection dirigée par David Vincent
20,00 €